Assalam oua alaikoum,

UMAG : « Peux-tu nous parler brièvement de ton double cursus scolaire ? »

Le frère Amar : « J'ai passé mon bac F2 au lycée Bachelard à Chelles. J'ai
ensuite intégré l'université Paris 12 de Créteil où j'ai passé un DUT en génie
électrique informatique et industrielle.

J'avais envie d'arrêter mes études à l'issue de mon DUT mais mes parents m'en ont dissuadé.
Je n'avais d'autre choix que de leur obéir et je me suis rendu compte par la suite qu'ils avaient
raison comme toujours.

J'ai poursuivi en licence EEA à l'université de Marne la Vallée et enchaîné avec une Maîtrise.

Durant cette période je me suis marié et je me suis installé dans un appartement qui donnait
sur celui de mes parents.
A l'issue de ma maîtrise, j'ai intégré une école d'ingénieur en avant dernière année. J'avais un
programme très chargé.
En dernière année, j'avais un stage de 6 mois à réaliser et un emploi du temps beaucoup moins
chargé que la précédente année.
J'ai ressenti le besoin de combler un peu plus mon temps libre.
J'avais déjà commencé à apprendre le Qoran depuis quelque temps et je m'étais donné pour
objectif de le finir.
En dernière année d'école d'ingénieur je m'étais inscrit à la Mosquée de Paris pour prendre des
cours du soir deux fois par semaine.
Mon père qu'Allah lui fasse miséricorde m'avait aidé à apprendre les rudiments de la lecture
en arabe.
En plus de cela, je prenais des cours avec un autre frère qui avait étudié chez cheikh Ayoub
qu'Allah le préserve.
L'année suivante, j'ai passé un test pour intégrer la Madrassah de Cheikh Ayoub qu'Allah le
préserve.
J'ai tout de suite été profondément touché par sa gentillesse et sa noblesse de caractère.
Au même moment j'avais obtenu un CDI dans une société de conseils a Noisy Le Grand.
A l'époque Je faisais mes prières à la mosquée des Richardets.
C'est ici que j’ai fait connaissance avec Cheikh Bachir auprès de qui je vais étudier pendant
près de 3 ans.
Je sortais du travail le soir et j'allais directement au cours tous les jours ou presque.
J'apprends plus de la moitié du Qoran auprès de lui très rapidement parfois à un rythme d'un
Hizb par semaine en plus des cours de fiqh, hadith, Ousoul, 3aqida et mustalah el hadith.
En parallèle je poursuivais les cours auprès de cheikh Ayoub ou j'étudiais le Fiqh comparé, la
grammaire, le tajwid, la Sirah et les 40 Hadith de l'imam Nawawy.
Çela à été très difficile et cela m'a demandé énormément de sacrifices et beaucoup de
patience. J'ai fini mon cursus à la Madrassah.
Cela fait maintenant huit ans que j'étudie auprès de lui le fiqh comparé, le hadith et également
la grammaire.
Notre Seigneur par sa grâce a permis que mes études religieuses me soit facilitées.
L'an dernier, j'ai passé un Master en Finance Islamique en parallèle de mon travail et de mes
études chez Cheikh Ayoub.
Pendant un an je me rendais à Strasbourg une fois par mois afin de suivre les cours.
J'ai obtenu mon Master l'an dernier.

Je suis actuellement sur le point de terminer l'étude du livre de l'imam Malik, el Muwatta que
je devrais terminer d'ici la fin du mois de mars si tel est le décret de Notre Seigneur, toute ma
reconnaissance Lui revient pour les bienfaits dont il m'a gratifié »

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UMAG : « Comment concilier Sciences religieuses et Sciences dites profanes (non

religieuses) ? »

Le frère Amar : « Il faut tout d'abord avoir à l'esprit que toute science est louable, et que

toute science dite profane agréée par le Très Haut peut être considérée comme une adoration
si elle est apprise dans le but de se rapprocher de Dieu.
Le premier mot révélé à notre bien-aimé prophète (Sallallahou 3alayhi wa sallam) fût Iqra' qui
signifie "Lis".
La science, qu'elle soit relative au religieux ou non, permet de parfaire notre connaissance sur
la création et à fortiori sur le Créateur.
Certes les sciences religieuses ont une particularité mais cela ne signifie pas qu'il faille
délaisser les sciences "profanes".
Une société a besoin de guide religieux mais elle a également besoin de médecins,
agriculteurs, artisans, commerçants, constructeurs dans le bâtiment, le domaine naval ou
aéronautique pour ne citer qu'eux.
C'est ce tout qui forme une société et l'homme en est un élément indissociable (le mot Insan
qui signifie homme en arabe contient cette notion de vie en communauté).
Les compétences, centres d'intérêt et aptitudes varient d'un individu à un autre. Il convient
donc d'exploiter ces caractéristiques comme il se doit avec sagesse.
Il faut un juste équilibre afin que chacun évolue dans la société dans les meilleures conditions.
Il est donc fondamental de favoriser chacune de ces sciences. De plus, il est important de
rappeler ici que l'étude des sciences religieuses n'est pas une obligation qui incombe à chaque
individu.
Il y a des principes religieux qui doivent être connus de toutes et tous comme ce qui est
relatif aux actes cultuels tels que la prière, la purification, les règles de la Zakat sur les biens
personnels car il est directement concerné.
Mais on ne peut imposer à chaque musulman de maitriser la zakat relative aux commerces ou
à l'élevage ou l'agriculture s’il n'est ni commerçant ni éleveur ni agriculteur.
De même que les rites du pèlerinage peuvent ne pas être connus si la personne ne se rend pas
au Hajj. Cela lui incombera lorsqu'il souhaitera effectuer son Hajj pas avant.
La connaissance de toutes ces règles est de la responsabilité des guides religieux et des
étudiants en sciences religieuses. On dit que c'est un "Fard Kifaya", une obligation pour la
communauté à contrario d'une obligation individuelle, "Fard 'Ayn".
Tout cela afin de montrer que toute science qu'elle soit religieuse ou "profane utile" à sa place
dans une société.
Il est de notre devoir à tous de faire en sorte que chaque individu évolue dans ce qui lui
convient le plus. Comme dit le dicton, il n'y a pas de sous métier.
Lorsque l'on a interrogé le Prophète (Sallallahou 3alayhi wa sallam) au sujet de la meilleure
manière de gagner sa vie il a répondu : Ce que l'homme gagne du travail de ses propres mains
ainsi que tout échange commercial honnête.
Il y a un exemple qui me vient à l'esprit. Lorsque le Prophète (Sallallahou 3alayhi wa sallam)
bâtissait la mosquée à Médine dans les premiers temps de l'hégire, le célèbre compagnon Talq
ibn 3Ali est arrivé à Médine.

Il a participé à la construction de la mosquée et avait des qualités certaines pour la maçonnerie
que d'autres compagnons n'avaient pas.
Le Messager (Sallallahou 3alayhi wa sallam) avait alors indiqué à ses compagnons de lui
donner la terre afin qu'il prépare le mortier utilisé pour la construction.
La communauté musulmane doit être une communauté qui maitrise le savoir et cela à tous les
niveaux »
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UMAG : « Comment s'organiser pour augmenter ses chances de réussite ? Y a-t'il

une organisation générale ou alors une organisation propre à chacune des personnes
en fonction de son emploi du temps? la pratique d'un sport ou d'un loisir est elle
recommandée ? »

Le frère Amar : « Je pense que la clé de la réussite dans les études qu'elles soient

religieuses ou non est la sincérité, la responsabilité et le sens du sacrifice utile.
La sincérité envers le Très Haut avant tout, puis envers soi-même. La responsabilité de nos
actes car ils ont une influence directe sur ce et ceux qui nous entourent, nous sommes tous
gardien et nous seront tous questionnés au sujet des choses dont nous sommes responsables.
Le sacrifice car il est quelques fois nécessaire de délaisser ce que l'on veut faire pour ce
que l'on doit faire. Telle est la vie du croyant "Nous avons fait descendre sur toi le Coran
graduellement Endure donc ce que Ton Seigneur a décrété".
Nous avons tous des emplois du temps chargés, un travail ou des études, une famille, des
amis.
Il y a des personnes qui malgré cela parviennent à prendre des cours du soir après une journée
de travail. D'autres cumulent les emplois pour subvenir aux besoins de leur famille.
Je connais des personnes non musulmanes qui travaillent et passent des diplômes en parallèle
de leur travail en se levant deux heures plus tôt le matin et en mangeant sur le pouce le midi,
et "profitent" de leurs vacances pour préparer leur diplôme.
Leur but étant d'améliorer leur existence dans ce bas monde après avoir obtenu leur diplôme.
Le musulman œuvre dans ce bas monde afin d'obtenir l'agrément divin dans l'haut-delà.
Cela nécessite obligatoirement de faire face à des difficultés.
En fixant des priorités, le croyant est à même de lier travail avec études religieuses ou études
scolaires avec études religieuses.
Je recommande fortement la pratique d'un sport, car il contribue à maintenir une bonne
hygiène de vie.
Il faut donc optimiser le moindre moment de son temps afin de ne pas le perdre dans des
choses futiles car c'est une des choses (le temps) auxquelles les croyants devront répondre le
jour Dernier »
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UMAG : « Malheureusement un grand nombre de nos jeunes connait l'échec scolaire.

Quels conseils peux-tu leur donner ? »

Le frère Amar : « Je crois avant tout qu'ils ne sont pas les seuls responsables. La grande

partie de cette responsabilité incombe aux parents.
Le Messager d'Allah a dit que tout enfant nait selon la sainte nature agréée par le Très Haut et
que ses parents font de lui un musulman, un juif un chrétien ou un athé.
Il y a des exceptions comme pour les conversions de personnes à une religion mais ce n'est
pas la généralité.

Au même titre que les parents peuvent influer sur la religion que l'enfant suivra ils influent
également sur son avenir scolaire et son développement au sein de la société.
Je serais tenté de dire que les conseils devraient être orientés aux parents plus qu'aux enfants.
Mais les jeunes personnes doivent également analyser l'environnement dans lequel ils
évoluent afin d'essayer de tirer des leçons de la réussite ou des échecs de ceux qui les ont
précédés.
C'est un principe que l'on retrouve dans le Coran. Combien de versets relatent les récits de
ceux qui nous ont précédés afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Je dirais qu'ils ont une chance incroyable de pouvoir profiter de l'expérience des "anciens"
encore faut il qu'ils prennent suffisamment de recul afin d'en tirer profit.
Notre religion insiste sur le fait d'être des éléments utiles à la société et non pas de vivre à ses
dépends.
Il faut qu'ils aient à l'esprit qu'un jour viendra où ils auront à charge une famille dont ils seront
responsables.
Quel responsable et quel modèle veulent ils être ? Un modèle de réussite religieux et social ?
Ou une personne prête à tout pour revenir en arrière afin de changer la voie qu'elle avait
empruntée ?
Au même titre que toute personne aura des comptes à rendre au sujet de son temps comme on
l'a cité plus haut, elle devra également répondre au sujet de sa jeunesse.
On peut représenter la vie et la jeunesse telles l'arbre dont les racines sont fortes et stables
montrant sa grandeur, sa force et sa beauté
Ou alors comme un arbre fragile qui à chaque fois que le vent souffle est sur le point de
s'effondrer.
La différence se fait à la racine si elle est forte tout le reste le sera. Le cas contraire, c'est
l'instabilité comme le décrivent les versets 24,25 et 26 de la sourate Ibrahim
24. "N'as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un bel
arbre dont la racine est ferme et la ramure s'élançant dans le ciel?
25. Il donne à tout instant ses fruits, par la grâce de son Seigneur. Allah propose ses paraboles
à l'intention des gens afin qu'ils s'exhortent.
26. Et une mauvaise parole est pareille à un mauvais arbre, déraciné de la surface de la terre et
qui n'a point de stabilité."

Je tiens aussi à préciser que la réussite sociale ne signifie en aucun cas avoir un salaire
important et un travail dans un bureau ou toute autre cliché communément répandu.
Loin de là, la réussite sociale signifie l'épanouissent au sein de la société.
Il faut distinguer l'échec scolaire lié au fait qu'une personne possède des aptitudes certaines
mais ne les exploitent pas pour des raisons souvent inacceptables et une personne qui éprouve
des difficultés du fait d'aptitudes plus limités dans l’apprentissage.
Le premier est pleinement responsable et doit être recadré afin de ne pas gâcher cette
richesse.
Le second nécessite un accompagnement pour réussir sa scolarité mais rien ne le garantie.
Mais il doit tout de même fournir des efforts pour ne pas avoir de regrets plus tard.
C'est vraiment une problématique complexe qui est fortement influencée par les principes et
les codes qui nous entourent. C'est pourquoi tenter d'y répondre en quelques mots me parait
difficile. Et Notre Seigneur est Le plus Savant »